
Du multimédia matériel au multimédia virtuel.
Le 15 décembre 2009
Pour réaliser les « VillesAllantVers », nous avons besoin d’un lieu équipé d’ordinateurs, d’une connexion internet, d’une dizaine de participants, de quarante heures. Aucune connaissance préalable en informatique n’est requise.
Lors de cet atelier, j’initie les participants à l’utilisation d’un ordinateur connecté à Internet. C’est-à-dire, que nous utilisons les outils d’échange de courriels, les outils de navigation, de recherches sur Internet, et à la rédaction d’article sur un site internet sous SPIP. SPIP est un système de publication pour l’Internet qui s’attache particulièrement au fonctionnement collectif, au multi-linguisme et à la facilité d’emploi.
L’atelier s’articule autour de quatre points cardinaux, quatre notions de représentation d’un trajet, « le parcours », « l’itinéraire », « Le bon coin » l’endroit de prédilection choisi par le participant, « l’objet » lié à cet endroit.
« Le parcours » est un objet abstrait construit comme un récit par un sujet, le narrateur, jalonnés d’objets du récit, des points de repère collectionnés par le narrateur lorsqu’il se souvient de ce trajet. Le narrateur agence ces points de repère afin d’en faire un récit. Si nous captons ce récit et que nous l’appliquons à la réalité, nous ne pourrons sans doute pas reproduire le parcours du narrateur, vu qu’il nous manquera des informations. Par le dessin, l’écrit nous essaierons lors de l’atelier de préciser ce « parcours ».
« L’itinéraire » est une notion concrète, elle s’ancre dans la ville réelle par sa géolocalisation. À sa lecture, nous pouvons nous passer du sujet qui nous raconte un trajet, et le réaliser. À l’inverse du « parcours », cette fois nous tenterons par des jeux d’écriture, d’abstraire les informations de cet itinéraire afin d’en faire un texte de création.
« Le bon coin » et qui est un lieu où aime aller pour plusieurs raisons,c’est l’endroit où nous arrêtons pour flâner.
« l’objet » trouvé dans la rue lié à ce « bon coin ». « l’objet » & « bon coin » sont tous les deux des objets concrets qui nous serviront lors de l’installation « In-Situ », mais aussi lors de la création des séquences vidéo.

Ces quatre éléments sont les charnières autour desquelles s’articulent les différents chemins que l’atelier de création va emprunter.
Les participants racontent un parcours de leur choix. Pour ne rien oublier, ceux-ci sont enregistrés. Ce récit est souvent abstrait, jalonné de points de repère choisis par le participant. Sans les précisions du conteur, nous ne pourrions pas faire ce trajet. Le dessin nous permet d’affiner le souvenir que le participant a de son parcours. Le travail consiste à extraire un dessin du parcours. Ce dessin servira de support au tracé de l’itinéraire du trajet. Entre l’abstraction du parcours et la précision de l’itinéraire se tissent des histoires où les objets et les points de repère, se mêlent et témoignent des identités qui se croisent.
Tous les éléments nécessaires à la construction d’un scénario sont présents : les textes, les dessins, les voix. Les différentes constructions d’un même parcours font émerger des histoires, celles qui nous échappent. Les objets que nous ne voyons plus remontent à la surface de notre mémoire. Il reste à trouver durant ce trajet, un point, un endroit qui retiennent l’attention de l’auteur du parcours. Ils associent à cet endroit, un objet trouvé dans la rue, afin de lier l’endroit au parcours. L’endroit choisi peut-être l’objet d’un témoignage, d’un entretien filmé, ou d’une fiction.
Après ce travail en intérieur, vient le temps du dehors. C’est le moment où la mémoire se confronte au présent, à l’espace. Pour ce temps de l’atelier aucune connaissance filmique n’est indispensable. Le matériel utilisé est choisi parce qu’il est simple d’utilisation, je prend la place de l’opérateur.
Chaque participant décide de ce qui est à filmer, et de comment le filmer. Nous reviendrons à cet endroit pour affiner le choix des objets à filmer et à associer.
Les dessins, les textes, les témoignages sonores ne sont pas que les éléments de la création d’un film. Toutes ces données sont les pièces du plan d’une ville inspirée des parcours de chacun, une « Ville Invisible ». Les photographies et les vidéogrames viennent s’intégrer au plan. À la fin de la création de la carte, je propose à tous d’imaginer et de placer ce qu’ils considèrent être des frontières.
Avant de passer au multimédia virtuel, nous initions les participants à la navigation, à la recherche sur internet, et à la rédaction d’article sur internet.
Les participants n’évoluent pas tous au même rythme. ceci permet d’aller d’une phase à l’autre de l’atelier, et donc de rassurer les participants les plus timides.
Le multimédia virtuel :
Via un site SPIP (système de publications partagé sur internet), chaque participant va éditer son parcours sur le site des « VillesAllantVers.org ». Il éditera du contenu multimédia (sons, photo, vidéo, textes, dessins) et rédigera un article pour présenter sa création. Cet article sera diffusé. L’auteur sera confronté à l’avis du public et des participants.
Lorsqu’il est édité, le public s’en empare et le transforme en suivant les conditions de la licence « Creative Common ». Pour les réalisations à venir, tout parcours entrera dans un processus de traitement numérique des données afin d’être comparé, différencié des autres afin de donner aux internautes une forme cartographiée de ces parcours, réalisés dans différentes villes. Ce traitement devrait permettre à chacun de s’en emparer via un téléphone portable, par exemple, de les réaliser, et donc de visiter la ville, non plus à partir des circuits touristiques conventionnels mais bien à partir du parcours d’un habitant de la ville, permettant à d’autres de percevoir la ville à hauteur de ses habitants.
Installation :
Pour terminer l’atelier, nous demandons à tous les participants de mettre en commun leur parcours. Les lieux choisis viendront s’emboîter dans le morceau de parcours d’une autre personne, lui-même relié à un autre objet, etc.

Ces « Objets Mémoires », nous les trouvons dans les valises de tous les migrants, ce sont les éléments et la matière de l’installation. À chaque objet placé dans l’espace correspond un film, un son, un texte, un dessin, une frontière. Il suffit de prendre, de bouger ou de frôler l’objet, de passer une frontière pour que le parcours auquel il est lié s’anime.
